Plus de soixante-dix ans après son classement officiel par ordonnance présidentielle n°52/137 du 2 mai 1952, une question demeure. Pourquoi la Réserve naturelle de Nyamusisi peine-t-elle encore à protéger efficacement les singes bleus de Schoutedeni ?
Dans la zone de Bulolero, au sein de la réserve située sur l’île d’Idjwi, ces primates endémiques de la République démocratique du Congo font face à de multiples menaces. Pressions humaines, raréfaction des ressources alimentaires et faiblesse des mécanismes de protection compromettent leur survie. Sans une implication accrue des autorités et des partenaires de conservation, ces singes pourraient disparaître, alors même qu’ils représentent un atout pour le développement du tourisme nation.
Couvrant 5 000 hectares et abritant plus de 53 individus selon les estimations locales, la réserve constitue leur dernier refuge connu. Pourtant, malgré son statut légal, la perte progressive de leur habitat et la crise alimentaire fragilisent leur équilibre biologique.
Pressions anthropiques : une protection insuffisante ?
Akili Nestor, représentant des peuples riverains, explique que les activités humaines destructrices restent fréquentes : déforestation, agriculture sur brûlis et exploitation artisanale du bois.
« Par manque d’occupation, les riverains exploitent la réserve pour l’agriculture et la fabrication d’objets traditionnels », affirme-t-il.
Il reconnaît cependant que les projets alternatifs existants demeurent insuffisants et ne bénéficient pas à tous.
Du côté administratif, Dunia Zirimwagabo Charles, Secrétaire Exécutif de la chefferie Ntambuka, évoque l’exploitation des braises issues de la réserve, vendues notamment à Bukavu et Goma. Il souligne le manque de moyens logistiques pour assurer un contrôle efficace, particulièrement en saison des pluies.
Ces constats soulèvent une interrogation : le statut protégé de la réserve est-il réellement appliqué sur le terrain ?
Une crise alimentaire révélatrice d’un déséquilibre écologique
Selon Arnold Bisimwa Ngabo, directeur de la réserve, les singes bleus souffrent d’un déficit en espèces végétales endogènes nécessaires à leur alimentation.
« Faute de leurs aliments naturels, ils se rabattent sur les cultures comme le maïs ou la patate douce »,regrette-t-il.
Il plaide pour un reboisement avec des espèces locales, un suivi écologique renforcé et la mise en place d’activités génératrices de revenus pour réduire la pression exercée par les communautés riveraines.

Dans l’ouvrage Biodiversité de la Réserve Naturelle d’Idjwi-Nyamusisi et ses environs, il est mentionné que 32,35 % des singes observés occupaient des « Apes trees », plantés dans le cadre d’initiatives de restauration écologique.
Une enquête menée localement indique par ailleurs que certains singes quittent Bulolero pour parcourir plus de cinq kilomètres à la recherche de nourriture, augmentant ainsi leur vulnérabilité.
Application de la loi, un défi persistant
Les autorités provinciales affirment élaborer un plan simple de gestion pour encadrer la conservation communautaire. Un spécialiste en droit de l’environnement rappelle que la législation congolaise prévoit des peines de 1 à 3 ans de servitude pénale ainsi que des amendes pour les atteintes à l’environnement. Reste à savoir si ces dispositions sont appliquées avec rigueur.
Un potentiel touristique encore sous-exploité
Malgré ces difficultés, les singes bleus représentent une biodiversité unique susceptible d’attirer chercheurs et touristes. Pour les acteurs du secteur, leur protection pourrait favoriser un tourisme communautaire durable et contribuer à la diversification économique.

Mais cette opportunité ne pourra se concrétiser que si la réserve parvient à assurer effectivement la protection de ses espèces emblématiques.
Cette enquête a été réalisée grâce au soutien du programme « Subventions pour le journalisme environnemental 2025 », d’Environnemental Defenders.
Maguy Bapolisi
