VBG : entre maltraitance, exploitation et viol, la persécution des femmes domestiques

À Bukavu, en République Démocratique du Congo, des femmes travaillant comme domestiques vivent  un calvaire dans un silence presque total. Les violences sexuelles, les coups, les insultes, la privation de nourriture et l’absence totale de contrat. cette réalité, pourtant massive, reste peu documentée, peu dénoncée, et encore moins punie malgré la loi.

La femme de maison communément appelée « domestique » accomplit plusieurs tâches dont la cuisine, la lessive, la garde d’enfants, le nettoyage, les courses, la surveillance de la maison et bien d’autres. Un travail indispensable, mais souvent dévalorisé, non contractualisé et livré à l’arbitraire des employeurs.

La majorité des domestiques interrogées affirment travailler sous violences sexuelles, sous de simples engagements verbaux, sans heures de repos, sans jours de congé, et bien souvent sans salaire fixe, avec une maltraitance à outrance.

Quand la violence devient un outil de contrôle

En raison de leur situation de vulnérabilité, certaines femmes de ménage subissent les abus de pouvoir de leurs employeurs. Certaines y laissent leur virginité, d’autres tombent enceintes de manière non désirée, compromettant ainsi leur avenir et leur bien-être.

« Un jour j’ai couché avec mon patron sans mon consentement. Il m’avait menacé en me disant qu’il va me faire chasser si je ne cède pas. Malheureusement 2 semaines plus tard, j’ai été chassée sans explication par sa femme. J’ai su que c’était sous l’influence du patron. Mon cœur continue à saigner à cause de ce que j’ai vécu dans cette maison », pleure, Aline M’Ntumwa, fille de maison originaire de Kabare.

Le SEPPAF, une organisation œuvrant pour l’autonomisation des femmes vulnérables, confirme recevoir de nombreuses plaintes liées aux attouchements, agressions sexuelles des femmes et filles qu’elle encadre.

« Des plaintes sont récurrentes. Il y a une qui était tombée enceinte de son patron mais elle ne voulait pas nous le dire », déclare Cécile Bashizi, secrétaire exécutive de Service Par Pour et Avec les femmes ‘’SEPPAF’’.

La secrétaire exécutive du caucus des femmes au Sud-Kivu, Solange Lwashiga, dénonce ces actes de barbarie commis contre ces femmes. Pour elle toute femme mérite respect et protection quel que soit son rang social.

Un grand silence qui pèse sur elles

La plupart des victimes n’osent pas parler. Elles craignent de perdre leur emploi, d’être stigmatisées, ou encore subir des représailles. Certaines sont menacées, d’autres renvoyées brutalement après avoir refusé des avances. Le silence devient alors une stratégie de survie, mais renforce le cycle de violence. Plus les employeurs abusifs agissant sans sanctions, plus les violences s’installent dans une forme de normalité

Maitre Olivier Mapendo, Avocat au barreau du Sud-Kivu, invite les femmes domestiques victimes des violences sexuelles à dénoncer.

« Les violences sexuelles faites contre les domestiques en RDC constituent à la fois une violation grave des droits fondamentaux et une infraction pénale sévèrement réprimée », fait-t-il-savoir.

Il indique cependant que, malgré que le cadre juridique congolais soit robuste, la véritable difficulté réside dans l’application effective de la loi, la protection de victimes ainsi que la réduction de la vulnérabilité inhérente à la nature du travail domestique.

Notre source pense que la lutte contre ces violences exige une application rigoureuse de la loi, des réformes pratiques de protection, ainsi qu’une sensibilisation accrue dans la société.

Une femme de maison, un animal pour certains

Les témoignages sont multiples sur les traitements inhumains et humiliants à l’endroit des femmes de maison. Certaines sont frappées, insultées à tort et à travers, privées de repas, d’autres travaillent sous la menace constante d’être renvoyées sans salaire.

« Je me réveille à 4h pour dormir à 23 ou minuit. C’est moi qui assure toutes les tâches à la maison et personne ne m’aide. Je prépare mais je ne mange pas la même nourriture qu’eux ni la même assiette. Je mange une fois par jour et encore des miettes. Que dieu m’aide à sortir de cette misère », témoigne Kinja, femme de maison dans la commune d’Ibanda.

D’ajouter,

« Je suis parfois frappée et insultée par ma patronne. Je me sens stigmatisée et seule. Je n’ai pas encore trouvé une autre occupation. Si je trouve je vais abandonner ce métier car je ne fais que vivre la misère dans des maisons où je travaille ».

Gaspar Bizimana, défenseur des droits humains monte au créneau et décrie toute forme de maltraitance infligée à ces femmes.

« Le rang social ne justifie aucune forme de maltraitance. La dignité humaine n’est pas négociable. », déclare-t-il.

Des contrats verbaux, rompus sans préavis

A Bukavu, les contrats entre employeurs et femmes de ménage sont généralement conclus de manière verbale. Cette pratique laisse la porte ouverte aux abus. Des employeurs de mauvaise foi rompent le contrat à tout moment sans aucun préavis. Certains accumulent même plus de dix mois de salaires impayés, plongeant ces femmes dans une précarité extrême qu’elles endurent en silence.

« Je touche 30 dollars le mois. On me paye d’une manière irrégulière. Ça fait 6 mois que je n’ai pas encore touché mon salaire », fait savoir Shalukoma.                                                                                                                                             

Des salaires dérisoires en violation du SMIG

Les femmes de ménages touchent entre 20 et 50 USD par mois, alors que le SMIG congolais (Salaire Minimum Interprofessionnel Garanti) est fixé à 225 000 FC, soit environ 90 à 100 USD selon le taux du marché.

Payer un salaire en dessous du SMIG constitue une infraction au Code du travail et un acte d’exploitation économique.

« Tout travail mérite un salaire décent. Un employeur ne peut pas exploiter la vulnérabilité d’une femme sous prétexte qu’elle n’a pas d’alternatives », ajoute Solange Lwashiga

Que dit la loi

Maitre Olivier Mapendo renseigne à ce sujet que, le travail domestique est bel et bien encadré par le code du travail même si dans la pratique, il est aussi souvent ignoré par les employeurs eux-mêmes.

il cite notamment l’article 5 du code du travail qui reconnait le travail domestique comme salarié et 56 qui impose la conclusion d’un contrat de travail même pour les emplois à domicile.

 « Toute personne engagée de façon régulière, y compris dans le secteur domestique, doit disposer d’un contrat écrit, recevoir un salaire aligné sur le barème national et bénéficier des conditions minimales de travail. Le caractère privé du lieu de prestation ne saurait, en aucun cas, exonérer l’employeur de ces obligations », martèle-t-il.

Notre source signale que, la convention no 189 de l’Organisation Internationale du Travail OIT demeure une référence pour les organisations qui plaident pour une réforme en profondeur du secteur, malgré qu’elle ne soit pas encore ratifiée par la RDC.

Que faire ?

Les organisations qui œuvrent pour l’autonomisation de femmes et des jeunes filles devraient diversifier les séances de formations en faveur de ces femmes en ce qui concerne leurs droits car, tant d’elles subissent les injustices à cause de l’ignorance.

L’activiste de droits des femmes et chargée des programmes au sein de Mwanamke Kesho organisation, Thérèse Maroy, pense qu’au-delà de la conscientisation et dénonciation, il serait impérieux que l’Etat congolais mette en place des mécanismes simples, accessibles et adaptés au terrain pour mettre fin à toutes formes d’exploitation dont ces femmes sont victimes.

Marie Ponga, chef de bureau à la division Genre, Famille et Enfant, dans la ville d’Uvira, reconnait ces atrocités auxquelles ces femmes font face. Elle estime que le gouvernement congolais devrait beaucoup s’impliquer pour rétablir ces dernières dans leurs droits.

L’impact des conflits et des déplacements

La plupart des domestiques viennent des territoires touchés par les combats entre AFC/M23 et les wazalendo, notamment Kabare, Kalehe et walungu.

Certaines sont chassées et d’autres, à cause des douleurs infligées, abandonnent leur travail pour rentrer dans leurs villages respectifs. Ce qui les expose à des violences armées, aux viols, voir même à la mort.

Des conséquences psychologiques profondes

D’après des constants faits, des séquelles psychologiques graves sont enregistrées et les victimes sont appelées à vivre avec, car aucune réparation n’est prévue.

Selon le psychologue Irenge Murhabazi, du club des Amis de la Paix pour le Développement Endogène, une structure d’encadrement des femmes vulnérables, ces différentes frustrations influent négativement sur la santé mentale de la personne.

« Les femmes qui ont vécu ce genre d’atrocités peuvent développer, la dépression, l’anxiété, une faible estime de soi, un stress post-traumatique, et les problèmes de comportement tels que, la consommation de substances, l’automutilation. Ces effets souvent durables et nocifs », resigne-t-il.

Pour ce dernier, des mesures concrètent devraient être prises pour réguler ce secteur car si la santé mentale est détruite c’est toute vie qui est détruite.

Ne pas dénoncer, c’est tuer ces femmes

Les violences faites aux femmes domestiques ne sont ni accidentelles ni marginales. Elles sont le produit d’un système fondé sur le mépris social et l’exploitation. Tant que les victimes continueront à mourir en silence, la communauté congolaise restera complice. Briser ce cycle n’est pas seulement un devoir moral, mais une responsabilité collective.

Maguy Bapolisi

                                                                                                                                                                                                                                                                                                

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2 thoughts on “VBG : entre maltraitance, exploitation et viol, la persécution des femmes domestiques

  1. Je penses qu’il est grand temps que le gouvernement ayant en charge les affaires humanitaires s’occupe du cas de ces femmes qui souffrent en silence. Il est grand temps que ceci cessé afin d’accorder à la femme domestique l’environnement dans lequel elle sera épanouie et cela évitera des conséquences psychologiques graves

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