Dans les salles de spectacle de Bukavu, Irène Ziyiruka est reconnue avant même qu’elle ne prenne la parole, tant sa présence annonce déjà le rire. Derrière son humour se cache un parcours jalonné de doutes, de rencontres décisives et d’un travail constant. Elle incarne une nouvelle génération d’artistes congolais qui allient talent, organisation et vision professionnelle. Humoriste, performeuse et opératrice culturelle, elle s’est imposée comme l’un des visages féminins les plus visibles de l’humour dans l’Est de la RDC. Son parcours continue aujourd’hui de franchir les frontières, confirmant l’essor de sa carrière.
Le spectacle « Si je ne l’étais pas ? » marque un tournant majeur dans son parcours. Cette création, devenue sa signature artistique, mêle humour, autodérision et regard critique sur la société. Sur scène, Irène y questionne le rôle de la femme, les attentes sociales, les pressions familiales et les contradictions culturelles, tout en conservant ce ton léger qui permet de rire de sujets pourtant sensibles.

Au départ, rien n’était calculé.
Comme beaucoup d’histoires artistiques, tout commence sans plan précis. Irène monte sur scène pour le plaisir, pour provoquer des sourires, pour partager une énergie avec le public. À cette époque, elle ignore presque tout du fonctionnement du secteur culturel.
« À peine j’ai franchi mes premières scènes dans l’humour, ignorante j’étais du secteur culturel. Je le faisais juste pour me faire plaisir et faire plaisir au public. Je ne pensais pas encore à une carrière », confie-t-elle.
Son humour, inspiré des réalités quotidiennes, de la condition féminine, des contradictions sociales et des situations familiales, séduit rapidement. Les vidéos de ses prestations circulent sur les réseaux sociaux, des médias en ligne locaux commencent à parler d’elle, et le public s’attache à cette jeune femme capable de transformer les petites frustrations du quotidien en éclats de rire. Mais derrière cette réussite, une autre histoire commence dans l’ombre.
La rencontre qui change tout
En mai 2024, Irène fait une rencontre qui va structurer toute sa trajectoire artistique, celle de Leonel Akonkwa Karume, Directeur et Fondateur de LEKA Company. Une collaboration naît, fondée sur une conviction simple : le talent doit être accompagné pour devenir une carrière durable. Bien que LEKA tire ses lettres des initiales du nom et prénom de son fondateur, sa philosophie dépasse largement cette simple appellation et se résume en quatre piliers essentiels :
L : Light (Lumière) : mettre en lumière les marques et les artistes grâce à des messages forts et porteurs de sens.
E : Engagement : créer des liens durables entre artistes, publics et partenaires.
K : Knowledge (Savoir) : guider chaque projet par une réflexion stratégique et créative.
A : Amplification : donner de l’écho aux voix artistiques, que ce soit en ligne ou sur scène.

« Il a décidé de m’épauler, mon art et moi, de structurer ma carrière du début à la fin. Une collaboration nourrie par la passion et l’amour de l’art. Dès lors, tout a pris forme. Le talent à lui seul ne suffit pas. On ne peut pas tout accomplir seul. Il faut savoir bien s’entourer », rencontre Irène avec sagesse et détermination.
À travers son témoignage, Irène soulève aussi une réalité que beaucoup d’artistes locaux connaissent trop bien. Bukavu regorge de talents. Musiciens, humoristes, danseurs, slameurs, comédiens et biens d’autres. Mais nombreux avancent seuls, sans management, sans stratégie, sans accompagnement.
Derrière chaque star, une équipe
Aujourd’hui, Irène n’est plus seulement une humoriste locale. Elle représente une génération de femmes artistes qui prennent leur place sur scène, dans la culture et dans les médias. Ses spectacles circulent, son nom voyage, son humour touche des publics différents. Et pourtant, elle reste consciente de ce qui a rendu cette évolution possible : l’accompagnement et la confiance.

« Heureuse et reconnaissante je suis de travailler avec cette structure qui a fait de moi ce que je représente aujourd’hui. Je souhaite à tous les artistes de rencontrer une structure telle que LEKA pour connaître le bonheur d’être réellement artiste. », s’exprime-t-elle avec conviction.
Il sied de noter qu’Irène Ziyiruka coordonne la première édition du festival « Binti Shujaa », qui se tiendra du 14 au 15 mars 2026 sous le thème « La scène est à elle ». Ce rendez-vous inédit mettra en lumière les talents féminins du Kivu, avec des artistes phares telles que Raïssa Katara, Prisca the Drunker, Lina MG, Nancy Bid Rindhye, Akonkwa Daniella, Sagesse Burume, Monica La Petite Africaine, Christiane Aganze, Esther Ashuza et Dorcas Ban, offrant au public deux journées de spectacles et de performances qui célèbrent la créativité et la place des femmes dans la culture régionale.
Elie Cirhuza
