Prix Propaix : Elie Cirhuza met en lumière la guerre invisible des femmes déplacées

La quatrième édition du Prix Propaix JINSIA KWA AMANI a livré son palmarès vendredi 30 janvier 2026 à Bukavu. Dix journalistes du Nord et du Sud-Kivu ont été récompensés pour leurs productions engagées en faveur des droits des femmes et de la promotion du genre.

Parmi les lauréats, le journaliste freelance Elie Cirhuza s’est illustré en se classant parmi les cinq meilleures productions grâce à son article percutant publié sur Aupicinfo : « VBG : Elle a fui la guerre à Masisi pour embrasser la mort à Goma ».

Une plume forgée sur le terrain

Journaliste freelance, consultant en communication digitale et fact-checker, Elie Cirhuza est formé en communication appliquée. Fort de plus de quatre années d’expérience dans la presse en ligne et la communication numérique, il collabore avec plusieurs médias de la région des Grands Lacs, notamment DeboutRDC, Watoto News, Aupicinfo, Mkulima Media, Découvertose Media et Gorilla Highlands Experts.

Ses reportages abordent des thématiques souvent reléguées au second plan : agriculture durable, environnement, droits humains, tourisme, culture et vérification de l’information. Son approche reste profondément ancrée dans le terrain, là où les statistiques laissent place aux récits humains.

Derrière les lignes de front, une autre guerre

L’article primé retrace le parcours de Gisèle, une jeune déplacée ayant fui les violences armées à Masisi pour se retrouver confrontée à une autre forme de violence à Goma : celle des violences basées sur le genre.

À travers cette enquête, Elie Cirhuza met en lumière la situation de nombreuses jeunes filles déplacées, hébergées dans des familles d’accueil ou contraintes de travailler dans des bars et petits commerces pour survivre. Dans ces espaces supposés protecteurs, certaines deviennent victimes d’abus, piégées par la précarité économique et la loi du silence.

Une réalité peu médiatisée, souvent éclipsée par les récits des combats, les chiffres et les discours politiques, alors qu’une autre guerre se poursuit loin des caméras.

« La guerre continue dans l’ombre, là où personne ne vient compter les blessures ni écouter les cris étouffés », confie le journaliste, pour qui ce prix constitue une reconnaissance des histoires longtemps ignorées.

Les médias appelés à devenir acteurs du changement

Lors de la cérémonie, la directrice de l’AFEM, Julienne Baseke, a exhorté les lauréats à poursuivre leur engagement afin de devenir de véritables acteurs de transformation sociale au sein des médias. Cinq journalistes ont été primés, tandis que cinq autres ont reçu des mentions spéciales.

Le président de l’UNPC Sud-Kivu, Darius Kitoka, a salué la détermination des organisateurs à maintenir cette initiative malgré un contexte sécuritaire difficile. Il a également félicité les journalistes dont les travaux ont été évalués par un jury national et international, composé notamment de Celia Haro Ruiz, Matiana Miralles et Ewing Amadi Salumu.

Le jury a, par ailleurs, insisté sur la nécessité de renforcer la rigueur journalistique, dénonçant l’usage abusif de l’intelligence artificielle, les titres imprécis ainsi que les contenus trop longs ou mal structurés.

Un prix dédié aux survivantes

Visiblement ému, Elie Cirhuza a dédié sa distinction aux femmes déplacées qui continuent de lutter pour survivre malgré la guerre.

« Ce prix appartient à ces femmes qui mettent au monde leurs enfants dans les camps ou qui subissent des grossesses précoces dans des familles d’accueil. Je remercie la rédaction d’Aupicinfo, mes mentors et tous ceux qui m’accompagnent dans ce parcours. »

Un appel à sortir les violences de l’ombre

Au-delà de la récompense, l’article primé se veut un appel pressant : aux autorités, pour renforcer la protection des personnes déplacées ; aux ONG, pour étendre leurs actions au-delà des camps officiels ; et aux médias, pour enquêter là où les projecteurs ne se posent pas.

Car tant que ces drames resteront en marge de l’actualité, la paix demeurera incomplète et des milliers de femmes continueront de porter seules les cicatrices d’une guerre qui refuse encore de dire son nom.

La rédaction

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